Juin 2011 : Paré pour la saison des pluies !

Mauvais temps pour les karens …

Regard terne. Ambiance humide. Il pleut. Les moustiques sont revenus et flirtent autour de vos oreilles. La chaleur n’est pas tombée. Pas encore. Tout le monde sourit mais le cœur a du mal à y être.

Il a plu cette année un mois plus tôt que prévu. Une simple déprime sans les caresses du soleil ? C’est plus grave que ça. Les premiers orages se sont abattus sur les rizières, avant que les villageois n’aient eu le temps de les brûler. Des brûlis sans lesquels la terre ne peut donner. Ils ont bien essayé de faire comme si de rien n’était, mais la terre gorgée d’eau ne les a pas suivis.

Cette année, il n’y aura pas de récoltes.

Les plus anciens disent ne jamais avoir vu ça.

Ca a été difficile à digérer. Tout le monde s’est réuni. Plusieurs fois. On construira les maisons à côté des champs, pour la récolte prochaine. C’est toujours ça de pris. Elles n’ont jamais été construites aussi vite, comme pour se rattraper. Et puis, il a fallu faire face. Trouver des solutions.

 Certains envoient leurs enfants dans la vallée. Ils trouveront sûrement un emploi, et reverseront quelques sous à leurs familles. D’autres vont se louer dans les villages qui ne se sont pas faits surprendre (la majorité). Il faut savoir faire preuve d’humilité.

L’ambiance n’est pas à la fête, mais les karens ne sont pas encore du genre à déprimer.

Les hommes rigolent. Ils veulent apprendre à tisser, pour ‘gagner autant d’argent que leurs femmes !… ‘. Ils me demandent si on peut commercialiser de la vannerie. La concurrence est rude, j’ai peur que ce soit difficile… Et au contraire des produits transformés à partir de tissu, on ne peut pas ‘adapter’ les pièces en bambou à un marché-cible. La marge de manœuvre est presque nulle.

Dans ce contexte, le projet ‘coopérative’ prend une autre ampleur. La plupart des familles comptent sur nous. Certaines avaient choisies de tisser à plein temps, toutes sont maintenant contraintes de le faire.

C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne nouvelle que nous ayons pu apporter une solution, qui, a posteriori, permettra à beaucoup de foyers de continuer à vivre dans la montagne. Une mauvaise nouvelle pour la coopérative, parce que nous n’avions pas prévu un tel afflux de pièces de tissu. Nous avions compté que la production baisserait à partir de Pâques, les femmes retournant aux champs pour aider leurs maris. C’est le contraire qui s’est produit. Le stock augmente semaine après semaine, encore dans des proportions raisonnables. Et après ?

C’est un défi posé par les nuages. Si nous nous arrêtons, ou si nous nous limitons, de nombreuses familles partiront dans la vallée. Un exode rural contraint qui ne les ravit pas toutes.

Un défi que nous allons essayer de relever, avec les petits moyens que nous avons. Nous ne proposons pas de solutions révolutionnaires ou d’assistance humanitaire hors norme. Nous proposons simplement un travail aux femmes. En tissant deux pièces de tissu par semaine, on gagne de quoi nourrir sa famille.

Lancement de la coopérative de riz

Dans ce contexte, nous avons choisi de lancer les ‘opérations riz’. Sur le même principe que le fil, si tout le monde va acheter son riz ensemble, on économise le moyen de transport, et un peu plus. Avec soixante sacs de riz (le volume de notre première opération), nous proposons un sac de riz moins cher qu’à la ville la plus proche (à deux heures de route). Grand succès ! Grâce aux dons, nous avons pu avancer les achats, et nous gardons les sacs en stock, le temps que chacun trouve de quoi les acheter. Il baisse petit à petit et l’argent revient dans la caisse. Il faut espérer que le prix n’augmente pas trop entre temps … !

Les plus sceptiques ont attendu de le voir pour y croire. Et veulent acheter le riz qu’ils n’ont pas commandé ! Dimanche, nous organiserons une opération ‘retardataires’… A laquelle nous convions aussi les villages voisins, qui n’ont pas des volumes suffisants pour organiser un transport.

Le règlement intérieur a fait l’objet de longues discussions. Il est impossible, m’a-t-on expliqué, qu’une famille seule ne puisse plus participer au programme si elle ne peut acheter le sac qu’elle a commandé. ‘Tout le monde les regarderait de travers, et ils se sentiraient exclus’, m’explique la directrice de l’école (personnalité reconnue et écoutée par tous, porte-parole de l’affaire auprès des villageois).

Pas question pour autant de fonctionner à perte, ou d’autoriser les non-remboursements. C’est le seul moyen pour que la coopérative de riz périclite après quelques semaines de fonctionnement.

Il a fallu ruser ! Les mauvais payeurs pourront tisser une pièce compliquée pour l’acheter en dernier recours. Sinon, le sac en question retournera à la coopérative, qui n’aura aucun mal à le vendre dans les villages voisins, qui ne participent que de loin au programme parce que nous ne pouvons pas livrer le riz chez eux. Avec peu de mauvais payeurs, la coopérative ne perdra que le prix de petits trajets en moto dans les villages voisins. Le mauvais payeur, lui, ‘donnera son sac de riz au village voisin’ (je cite). Une manière comme une autre de voir les choses… !

Pour l’anecdote de la fin, nous avons répondu à une commande de 20 sacs supplémentaires dans un village très peu accessible, pas même en moto au cœur de la saison des pluies. – Comment sont-ils venus les chercher à Mae Woei Clo ? En éléphant, bien sûr ! Deux magnifiques éléphantes qui ont regardé avec une pointe de mépris la demie-tonne de riz que nous avons chargé sur leur dos, et sont reparties comme si de rien n’était…

Des nouvelles de Foulques et Marion

Après avoir expédié les produits pour la vente du 28 mai avec succès, la coopérative se devait de trouver de nouveaux débouchés. Deux secteurs possibles : le marchés des lés de tissu, et celui des produits transformés. Le premier est, localement, très difficile d’accès, et pour cause : les tissus produits dans les camps de réfugiés sont vendus à des prix défiant toute concurrence, et notamment celle de la coopérative. Nous nous sommes donc concentrés sur le marché des produits finis, à l’image de ceux que nous exportons en France. Nous avons ainsi conclu des partenariats avec des boutiques locales. Nos produits y sont exposés moyennant une marge à la vente pour le boutiquier.

Nous travaillons d’autre part à une nouvelle gamme de produits destination … la France !

Une première vente réussie !

Pour notre plus grande joie, la première vente privée d’Esprit Karen s’est en effet déroulée avec succès. Ravissement des yeux et joie partagée pour tous, nous avons pu exposer nos premiers produits. Les finitions et les gammes ont été appréciées par les amis, familles ou inconnus qui se sont rendus aux Missions Etrangères de Paris le samedi 28 mai, en répondant à notre rendez-vous. Un grand merci aux MEP de nous avoir accueillis !

Les bénéfices de cette vente ont entièrement été reversés à la coopérative, ce qui lui permet de continuer à fonctionner pendant la saison des pluies, malgré les imprévus climatiques de cette année.

L’univers art de la table, ou se mêlaient sets de table, maniques, range-couverts, des objets cocooning de trousses de toilette ou pochettes ont plongé les participants en Terres Karens, notamment aussi grâce aux aquarelles et photos qui défilaient sur le grand écran. Les plus curieux ont pu profiter des informations données par les membres de l’équipe de Paris, pour la plupart anciens volontaires de Thaïlande. Les recommandations et les appréciations de nos visiteurs nous permettront de développer une gamme de produits plus homogène, et qui corresponde de mieux en mieux aux attentes du marché français. Rendez-vous à la rentrée pour apprécier nos nouveaux produits !

Le mot du bureau

Ce mois de mai s’est avéré particulier pour l’association. La première vente de produits d’un côté, une anomalie météorologique de l’autre, dans la montagne. Un imprévu lourd de conséquences, une réussite. Terres Karens doit plus que jamais continuer à développer ses projets pour proposer à bien des familles une alternative à l’exode rural. La coopérative et Esprit Karen vont essayer de tenir leurs promesses !

Malgré la grosse production de tissus, que nous n’avions pas prévue, nous choisissons de continuer à soutenir les femmes tisserandes. C’est un investissement que nous faisons, en comptant que le succès de la vente du 28 mai pourra se reproduire à la rentrée, et que le stock de lés s’écoulera. Nous comptons sur votre aide pour nous guider et nous accompagner dans nos projets, et nous remercions tous ceux qui nous soutiennnent déjà ! A bientôt !

Leave a Reply