Au suivant ! Août 2011

Petit bilan d’une année sur le terrain …

Par Alexis BALMONT, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris, créateur de l’association Terres Karens et de la coopérative de Mae Woei Clo. Arrivé en Thaïlande le 1er septembre 2010, son temps de volontariat touche à sa fin.

La fin ?

Demain soir, mon avion m’emmène à Paris. C’est la fin de mon année à Mae Woei Clo.

La fin d’une aventure entrepreneuriale de terrain, aux côtés de ceux qui m’ont ouvert leurs maisons et leurs cœurs. La fin d’une année très dense, à tous points de vue.

Une dernière semaine à Mae Woei Clo, avec un seul mot d’ordre : la joie. Ils disent qu’on aura bien le temps de pleurnicher plus tard. C’est un peu comme quand ils enterrent quelqu’un : ils jouent de l’argent aux cartes toute la nuit, pour ne pas que la tristesse s’installe.

La fin ? En fait, tout vient à peine de commencer. Le projet Terres Karens n’a que 18 mois d’existence, et la coopérative fonctionne depuis moins de 9 mois. Le chemin parcouru depuis un an et demi est important, mais nous venons à peine de l’emprunter.

Quelques chiffres

En cette fin de mois d’août, la coopérative propose ses services à plus d’une centaine de femmes réparties sur sept villages. Ils sont tous très isolés, sans réseau téléphonique, sans internet, accessibles uniquement par pistes de terre, non carrossables pendant la saison des pluies.

Elles ont accès à un fil 30% moins cher que celui du marché, et peuvent répondre à des commandes qui leur donnent une vraie source de revenus supplémentaires, au point que le village de Mae Woei Clo vit cette année sans rizières, pour les raisons que vous connaissez déjà.

La coopérative organise l’acheminement d’une tonne et demie de riz dans la montagne par mois.

Le capital de la coopérative est de l’ordre de 13 000 euros. Cela correspond strictement à l’ensemble des dons que nous avons reçus depuis le début du projet. Il appartient à ses membres : des karens vivant pour la très grande majorité en dessous du seuil de pauvreté.

La coopérative est à l’équilibre financier depuis le mois de mars. Elle a même dégagé un bénéfice net de 1000 euros cette année, notamment grâce à l’envoi de produits en France et à l’expérience de l’association Esprit Karen à Bangkok. Nous le réinvestissons dans le projet en achetant ‘Keuboyou’, notre nouvelle moto. ‘Keuboyou’, en karen, cela signifie ‘avion’. En karen, on peut donc dire que l’on va de villages en villages en avion, un trait d’humour qui nous console après une saison de pluies plus qu’épuisante dans la montagne.

Le projet est pris en main par les karens

Le projet est pris en main par les tisserandes. Depuis plus d’un mois, je joue au mort : je ne parle plus aux réunions, je ne donne pas mon avis en cas de problème. La cheffe des tisserandes me demande si je suis malade. Non, je suis juste content et un peu vexé à la fois : tout à l’air de bien se passer.

L’organisation, qui repose sur l’autorité des trois cheffes, semble fonctionner. Pour le riz, pas de problèmes importants non plus pour le moment.

Un autre bénéfice du projet : le lien social

La coopérative a permis de créer un vrai lien social entre les femmes de Mae Woei Clo, et entre les tisserandes des autres villages. Tout le monde se réunit dans une bonne ambiance le dimanche. Ca rigole et ça papote. Ca tranche avec les mauvaises nouvelles de l’année, et notamment avec l’impossibilité de faire les rizières. Elles s’organisent entre elles et vont tisser les unes chez les autres, se chambrent sur la qualité des tissus. Les hommes ne sont pas en reste. Ils disent que leurs femmes se sont toutes remariées avec moi, et qu’ils vont organiser des trafics de riz en bandes pour faire couler la coopérative et retrouver une situation conjugale qui les mette mieux en valeur. Parce que c’est leurs femmes qui ont maintenant les moyens d’acheter le riz. Tout ça par ma faute.

Un social-business de type II

J’ai lu la semaine dernière le dernier livre de Mohammad Yunus : Pour une économie plus humaine. J’ai compris que l’initiative Terres Karens n’était pas isolée, mais qu’elle apportait sa petite pierre à un mouvement de beaucoup plus grande ampleur. La coopérative de Mae Woei Clo est typiquement ce que Yunus appelle un social-business de type II : une structure économique appartenant aux plus démunis, qui permet de lutter durablement contre la pauvreté. C’est un fonctionnement bien distinct de celui des ONG ou des organisations de bienfaisance : le projet acquière une indépendance financière qui lui donne de la pérennité. Le don n’est pas une perte : il est investi économiquement, donne du travail à ceux qui n’en ont pas et fructifie pour le bénéfice de ceux qui le reçoivent.

L’essentiel du travail consiste à apporter un soutien de compétences à la création et au suivi du projet. C’est par exemple ce que nous avons fait en mettant en place un système informatique de gestion de la coopérative : les logiciels BOB (MaeSot) et COCO (Mae Woei Clo), et la clé USB qui assure leurs synchronisations : HERMES. C’était un vaste chantier de cette année, qui est maintenant terminé. Aucun salarié local n’aurait pu programmer COCO, mais Kitirot sait en revanche le faire fonctionner. Et sait comment nous contacter en cas de problème, par le réseau des Missions Etrangères de Paris, par l’association d’anciens volontaires Terres Karens.

Le mot de la fin : une semence qui ne demande qu’à croître

Le projet ne prétend pas résoudre les problèmes rencontrés par les communautés karens de la région de MaeSot, mais il contribue à apporter quelques propositions de solutions à son échelle. On peut considérer que c’est du gâchis de consacrer autant de temps pour un petit village de 300 habitants, et des tisserandes isolées des montagnes qui forment la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande.

Mohammed Yunus répond à sa manière : « Même si vous n’améliorez la vie que de cinq personnes, cela vaut la peine d’être fait. Il n’est pas nécessaire de trouver des formules permettant d’atteindre des millions d’individus. Mais si vous réussissez à exercer un impact positif sur cinq ou dix personnes, vous aurez inventé une semence que vous pourrez planter un million de fois ».

Nous avons déjà planté deux graines. La coopérative ne demande aujourd’hui qu’à grandir, comme l’association Terres Karens.

Il faut espérer que le projet donnera envie à d’autres de se lancer dans des aventures analogues. Les organismes qui proposent l’envoi de volontaires sont nombreux, et vous pouvez par exemple postuler, comme moi, aux Missions Etrangères de Paris. Ou vous engager dans des projets correspondant mieux à votre profil ou à vos disponibilités. En tout cas, les opportunités, et surtout les besoins ne manquent pas !

Ce n’est en tout cas pas le genre d’expérience qui déçoivent, ou que l’on regrette. Et, contrairement à ce que beaucoup pensent, on peut espérer que la réussite soit au bout du chemin, ce qui ne représente pas une petite chose pour les personnes que l’on vient aider.

Et comme dit Brel « Au suivant ! » :

Par Augustin Duport, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris. Augustin vient d’arriver en Thaïlande : il restera quatre mois à Mae Woei Clo et s’occupera à mi-temps de la coopérative. Premières impressions après une semaine dans la montagne.

J’ai découvert avec joie et admiration l’impressionnante structure que constitue la coopérative : tous les gens qu’elle rassemble et fait travailler ensemble, les espoirs qu’elle nourrit etc… Pas de points négatifs à relever en une semaine en tout cas. Le projet semble assimilé et j’ai avant tout un rôle de maintien de l’ordre.

Mais un système bien rôdé ne signifie pas pour autant un volontariat inactif. Nous avons déjà développé cette semaine avec Alexis un projet proposant d’utiliser les capacités masculines du village (pas de sexisme !) : le tressage de paniers en bambou. Nous avons ainsi commandé environ 70 paniers pour contenir le fil en présentation dans le magasin de la coopérative. Une première initiative !

Voici une belle aventure qui s’annonce et j’ai encore aujourd’hui bien plus de chose à faire qu’à raconter : plus de nouvelles dans un mois un demi !

Et Esprit Karen France : on en est ou ?

En France, les mois de Juillet et Août signifient pour beaucoup départ en vacances et baisse de l’activité. En Thaïlande, c’est un peu le contraire, il nous fallait préparer la rentrée : des ventes privées sont prévues à partir du mois de septembre, et il faut donc des produits ! Le stock de lés actuel nous permettait d’en faire beaucoup, alors nous n’avons pas hésité. Foulques, Matthieu, Lorraine et Nicolas ont d’abord consulté l’équipe de Bangkok qui vend des produits Esprit Karen, à Bangkok, depuis trois ans. Nous avons pu utiliser leurs prototypes et grâce à leur expertise, une production de plus de 700 produits a été lancée à l’atelier de couture de Mae Saï. Ceux-ci sont maintenant en route, par bateau, vers le port du Havre.

Le 6 septembre, une nouvelle volontaire, Adélaïde, arrivera à Mae Sot. Elle remplacera Foulques (rentré en France en juillet) et sera chargée de la coordination entre la France et la Thaïlande ainsi que de la confection de produits qui seront ensuite vendus en France.

Le mot du bureau

La rentrée s’annonce chargée : de nouveaux volontaires, de nouvelles ventes et des nouveaux projets. Alexis revient en France, et va mettre son talent au profit du projet Esprit Karen France, qui est en train de se structurer. Les solutions pour le développement de la coopérative peuvent être trouvées ici, sur un terrain entrepreneurial plus accessible et plus connu pour l’ensemble de notre équipe.

Foulques est également rentré en France. Son travail, en collaboration avec l’équipe de Bangkok, nous a permis de réaliser la première vente de produits transformés en France. L’activité ne demande maintenant qu’à grandir pour le développement économique des Karens, en espérant que notre collaboration dure et s’enrichisse.

Un grand merci à eux deux pour leur investissement cette année sur le terrain, aux Missions Etrangères de Paris qui continuent à nous faire confiance et à nous soutenir, et à l’association Esprit Karen à Bangkok, qui inspire nos deux projets et nous aide à les mettre en place.

Nous mettons d’autre part en place des outils pour soutenir le travail des volontaires sur le terrain, et les accompagner comme nous le pouvons par nos expériences ou nos compétences.

Nous accueillons donc deux nouveaux volontaires, preuve du dynamisme de Terres Karens, et de la confiance des Missions Etrangères de Paris. Adelaïde remplacera Foulques pour la coordination d’Esprit Karen et Augustin remplacera Alexis pour la coordination de la coopérative. Un jeu de chaises musicales délicat mais qu’il faut espérer enrichissant. Une belle mission les attend : bienvenue à tous les deux !





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