Un mode de vie conditionné par la vie agricole 2/2

Posted by on Jan 12, 2016 in Culture karen | No Comments

Paysage Karen

La culture du riz en terrasses

Cette technique est apparue lors de la sédentarisation des communautés karens. Elle est celle généralement développée en Asie, en particulier par les producteurs thaïs. À l’inverse de leurs voisins, les agriculteurs karens ne l’utilisent que pour faire une seule récolte par an, alors que l’utilisation des eaux courantes permettrait d’en faire deux ou trois.

Les terrasses sont permanentes, et ce sont les dépôts vaseux du limon des rivières qui permettent de fertiliser les sols. Les principales étapes de cette technique sont les suivantes :

  1. Nettoyage des parcelles et réparation des canaux d’alimentation, généralement au début de la saison des pluies (mi-mai).
  2. Labourage de la terre.
  3. Plantation première. Le riz est planté sous forme de bouquets dans des parcelles dédiées.
  4. Repiquage : les bouquets sont déplantés et les racines des plants sont nettoyées ; puis le riz est replanté dans la rizière inondée par poignées de trois ou quatre plants.
  5. Protection des plants et entretien des infrastructures, pendant la montaison.
  6. Récolte du riz mûr : les plants sont réunis en bouquets puis foulés.

Les rendements obtenus par cette technique sont plus importants que ceux pratiqués par la technique précédente. L’utilisation des rizières permet en outre de dédier des champs aux cultures de manière permanente, épargant aux producteurs le travail laborieux et systématique de défrichement des parcelles.

Cependant, dans les montagnes, les surfaces de rizières ne sont pas suffisamment importantes pour assurer une production suffisante à l’ensemble des foyers, aussi la technique précédente survit-elle malgré sa moindre pertinence.

La culture du maïs

La culture s’est développée sous l’impulsion d’industriels des grandes villes des provinces frontalières. Ces derniers fournissent aux producteurs (le plus souvent des régions limitrophes de la vallée) les semences, les engrais et le savoir-faire élémentaire pour développer la culture du maïs à de grandes échelles. L’ensemble de la production leur est revendue au poids.

Parfois, la culture est panachée avec la production de riz. Elle est surtout développée dans les régions les plus proches de la vallée, pour des raisons évidentes de proximité avec les intermédiaires.

Si le développement de la culture du maïs est facilité par les hauts rendements qu’elle induit, le soutien des professionnels urbains, et l’assurance d’un revenu au terme du cycle de production (si tant est qu’aucun aléa ne vienne porter atteinte à l’intégrité des cultures), les industriels intermédiaires rendent la production précaire.

Si les récoltes sont mauvaises, le producteur karen devra faire face à un endettement important ; il devient prisonnier de l’initiateur de la technique. Les prix pratiqués par les industriels sont rarement à la mesure des prix qu’ils en obtiendront sur les marchés, mais les agriculteurs qui participent à ce système sont captifs de l’apport initial en semences et en engrais.

D’un point de vue écologique, l’utilisation massive d’engrais chimiques sans formation sur leur nature et sans prévention de leurs effets est préjudiciable aux écosystèmes des villages autant qu’à la santé des producteurs.

La culture du piment

La culture du piment est très répandue. Elle ne fait intervenir aucune technique particulière. Le piment cultivé est une plante de l’espèce des piments rouges dont les producteurs karens conservent les graines d’une année sur l’autre. L’épice donne du goût au riz et constitue l’un des ingrédients principaux de la soupe aux poissons et aux piments, l’une des spécialités culinaires du peuple karen. Tous les plats comportent leur proportion de piment.

La densité en goût du piment séché permet de n’utiliser qu’une petite partie des quantités produites pour l’autoconsommation alimentaire. Le reste est revendu sur les marchés les plus proches, ou à des intermédiaires qui se chargent de le commercialiser en ville. C’est souvent la seule source de revenus fiduciaires d’un foyer.

Culture du piment

Les cultures rudimentaires et la cueillette

Quelques foyers cultivent un petit nombre de légumes ou de fruits pour diversifier son alimentation, mais le phénomène reste peu répandu. Les légumes sont achetés sur les marchés, ou échangés contre des piments ou d’autres produits issus de la cueillette. Lorsque les foyers développent de telles cultures, ils le font sans apporter de soin agricole particulier aux produits qu’ils cultivent, aussi les rendements sont-ils le plus souvent très mauvais.

La jungle constitue une source de denrées alimentaires non négligeable. Elles sont recueillies par les producteurs pour compléter les modes de production précédents. Ce sont principalement des fruits (bananes, pamplemousses…).

La déforestation massive en certaines régions de Thaïlande et la sédentarisation des communautés karens a cependant réduit les ressources de la forêt.

Aussi ces pratiques ne constituent-elles plus aujourd’hui qu’un supplément de plus en plus contingent, qui ne permet que de varier les bolées de riz à l’aune de ce qui est trouvé au jour le jour : crustacés, oeufs de fourmi, miel sauvage, insectes, rats, oiseaux, serpents…

Élevage, pisciculture

Tous les foyers possèdent des animaux, qu’ils consomment généralement à l’occasion de fêtes religieuses ou d’autres événements de la vie publique. Les cochons noirs et les poulets sont les plus répandus. Récemment, un intérêt croissant est marqué pour les vaches et les chèvres, qui fournissent à effort égal une quantité de nourriture plus importante. Parfois parqués sous les maisons (notamment pendant la saison des pluies, pour réchauffer les salles), les animaux se promènent le plus souvent en liberté dans l’ensemble du village et de ses alentours.

Encore une fois, aucune technique particulière n’est mise en œuvre pour améliorer les rendements de l’élevage, par manque de connaissance le plus souvent. Les œufs des poules ne sont pas recueillis, de même que les excréments ne sont pas valorisés sous forme d’engrais.

Certains foyers qui pèchent construisent des bassins pour faciliter l’élevage des poissons. Ils sont le plus souvent la source des canaux des rizières.

Les grandes étapes de l’année agricole

La vie agricole étant essentiellement concentrée autour de la culture du riz, ce sont les phases de sa culture qui dictent la répartition des périodes d’activité. Les autres productions sont organisées en cohérence avec ces périodes.

Une année est organisée suivant les périodes suivantes :

  1. Décembre – Avril : saison chaude. On prépare les cultures et les champs pour recevoir les semences et accueillir la mousson, et l’on se repose après la fatigue des récoltes (pendant le mois de janvier). Pour ceux qui exploitent des rizières irriguées, l’essentiel du travail consiste à réparer les canaux d’alimentation hydraulique. Pour les autres, la période est éprouvante, et correspond au moment où l’on dégage de nouvelles parcelles en défrichant des pans de jungle. Pendant la période de repos, les femmes se consacrent au tissage.
  1. Avril – Mai : fin de la saison chaude, au cours de laquelle quelques violents orages en fin de période annoncent la saison des pluies. C’est la période pendant laquelle tout est préparé pour recevoir la pluie, élément essentiel du développement des plants de riz. On fait les semences et l’on achève d’isoler les parcelles de terre ou les rizières.
  1. Juin – Septembre : saison des pluies. Le riz des rizières est généralement repiqué fin juillet ; il faut pour les terrains d’abbatis-brûlis surveiller que la montaison se passe le mieux possible et que les champs sont bien à l’abri des animaux. On répand des engrais pour améliorer les rendements.
  1. Septembre – Octobre : fin de la saison des pluies – saison douce. C’est la période des récoltes. Tous les membres de la communauté villageoise participent aux récoltes.
  1. Octobre – Décembre : saison douce. Fin des récoltes et foulaison du riz.

Récoltes du piment, et revente des surplus sur les marchés.

Les outils de la production agricole

La mécanisation est encore très peu répandue. À la période des labours (pour les rizières irriguées, en juin), d’aucuns louent des machines à main.

Cependant, le prix horaire de l’essence décourage encore beaucoup de producteurs de renoncer à l’utilisation des buffles1. Les autres outils restent rudimentaires (pioches, bèches etc.), et leur usage n’est pas très répandu dans la mesure où l’essentiel de la culture des rizières se fait à la main (plantation, repiquage…) ou à l’aide de moyens simples (batons).

  1. Alors que des études de la FAO soulignent que l’utilisation d’engins motorisés multiplie la productivité des agriculteurs par 1000…

 

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